Clairfisc
Menu

Faut-il déclarer ses cryptos aux impôts ?

Oui — mais pas n'importe comment, et pas toujours pour payer. En France, détenir des crypto-actifs déclenche deux obligations distinctes : déclarer les comptes ouverts sur les plateformes étrangères, et déclarer les plus-values quand vous vendez. Ce guide explique quand il y a réellement un impôt, comment se calcule le gain (méthode 150 VH bis), et où le reporter — sans jargon.

Deux obligations à ne pas confondre

Beaucoup de contribuables croient qu'il suffit de « déclarer ses cryptos » en un seul endroit. En réalité il y a deux choses séparées :

  • Déclarer les comptes (formulaire 3916-bis) : tout compte d'actifs numériques ouvert, détenu, utilisé ou clôturé sur une plateforme établie à l'étranger (Binance, Kraken, Coinbase hors entité française…) doit être déclaré, même sans aucune vente. Depuis la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026, l'obligation vise aussi les NFT détenus ou utilisés à l'étranger en tant que tels, sans condition de compte (CGI art. 1649 bis C, version du 01/07/2026). C'est une obligation déclarative, pas un impôt ; l'oublier expose à une amende de 750 € par compte non déclaré (125 € par omission ou inexactitude), doublée au-delà de 50 000 € de valeur vénale — la portée de l'amende pour les NFT (par portefeuille ou par NFT) n'est tranchée par aucune source (CGI art. 1736, X).
  • Déclarer les plus-values (formulaire 2086) : uniquement quand vous avez réalisé une cession imposable dans l'année (voir ci-dessous). C'est là que se calcule l'éventuel impôt.

Ce guide porte sur le 2086 (les gains). Pour la liste des comptes à déclarer plateforme par plateforme, voir notre checklist 3916 / 3916-bis. Un compte chez Binance, Kraken ou Coinbase ? Voir la marche à suivre pour déclarer ce compte.

Quand une opération crypto est-elle imposable ?

C'est le point le plus mal compris. Toutes les opérations ne sont pas des faits générateurs d'impôt. Sont imposables (article 150 VH bis du CGI) :

  • une cession de crypto contre une monnaie ayant cours légal (euro, dollar, franc suisse…) ;
  • une cession de crypto contre un bien ou un service (payer un achat en bitcoin, par exemple) ;
  • un échange crypto → crypto avec soulte : la soulte rend l'opération imposable.

Notre calculateur ne modélise pas les échanges avec soulte (ligne 222) : dans ce cas, remplissez le 2086 directement ou vérifiez le calcul à la main.

Crypto → crypto sans soulte : non imposable (sursis)

Échanger un actif numérique contre un autre sans soulte (BTC → ETH, vente d'un token contre un stablecoin…) n'est pas un fait générateur : l'opération bénéficie d'un sursis d'imposition (CGI 150 VH bis, II-A). Tant que vous restez « en crypto », il n'y a rien à déclarer au titre des plus-values.

Concrètement : vous pouvez arbitrer entre cryptos toute l'année sans générer d'impôt tant qu'il s'agit d'une gestion privée occasionnelle. Le compteur fiscal ne se déclenche qu'au moment où vous sortez vers de l'euro (ou payez un bien/service). Inutile de saisir vos échanges crypto→crypto sans soulte dans le calculateur — ils n'entrent ni dans le gain, ni dans le seuil des 305 €. Attention toutefois : des opérations menées dans des conditions analogues à celles d'un professionnel relèvent des bénéfices non commerciaux, régime dans lequel les échanges ne bénéficient d'aucun sursis (CGI art. 92, 2, 1° bis et 150 VH bis, II-A — le sursis ne vaut que pour le I de l'art. 150 VH bis ; sur le champ du régime, BOI-BNC-CHAMP-10-10-20-40, § 1080).

Ce guide ne couvre pas les NFT. Pour les cessions réalisées depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, les crypto-actifs uniques et non fongibles ne relèvent plus de ce régime : ils sont imposés selon le régime du bien qu'ils représentent (CGI art. 150 VH ter, loi n° 2026-534 du 25 juin 2026, art. 91) — hors 2086, hors seuil de 305 €, hors cases 3AN/3BN. Notre calculateur ne couvre que les crypto-actifs fongibles.

La méthode « valeur globale du portefeuille » (150 VH bis)

Contrairement aux actions, on ne calcule pas le gain ligne par ligne (prix de vente − prix d'achat de ce coin). La loi impose une formule à l'échelle de tout votre portefeuille :

plus-value = (prix de cession − frais de cession) − [ prix total d'acquisition × (prix de cession BRUT de frais ÷ valeur globale du portefeuille) ]

Les frais de cession réduisent le gain (premier terme) ; ils n'entrent pas dans la proportion de portefeuille cédée (second terme, qui reste au prix de cession brut). C'est la formule du formulaire lui-même : ligne 218 (nette de frais) moins [ligne 223 × (ligne 217, brute de frais, ÷ ligne 212)] — notice 2086, CERFA 16043*07, rubrique lignes 213-218.

Décodé :

Prix de cession
ce que vous encaissez à la vente. Brut dans la proportion cédée (ligne 217), net des frais de cession, sur justificatifs, dans le gain (ligne 218).
Valeur globale du portefeuille
la valeur de tous vos actifs numériques au moment de la vente (pas seulement le coin vendu). Elle se recalcule à chaque cession.
Prix total d'acquisition
la somme de tout ce que vous avez réellement payé en euros pour constituer ce portefeuille, diminué, à chaque sortie du portefeuille (vente, mais aussi donation consentie : les cessions « à titre gratuit ou onéreux » antérieures, ligne 221 du 2086), de la part de capital déjà « consommée ». À l'inverse, un actif reçu à titre gratuit entre dans le prix d'acquisition, pour sa valeur retenue pour les droits de mutation à titre gratuit ou, à défaut, sa valeur réelle à l'entrée dans votre patrimoine (CGI art. 150 VH bis, III-B).

L'idée : chaque vente ne sort qu'une fraction du portefeuille, donc on n'impute qu'une fraction proportionnelle du capital investi. Un rachat entre deux ventes augmente le prix d'acquisition disponible pour les ventes suivantes.

Un exemple chiffré (celui de la notice officielle)

Vous avez investi 1 000 € au total. Deux ventes dans l'année :

  • Vente 1 — portefeuille valorisé 1 200 €, vous vendez pour 450 € :
    gain = 450 − [1 000 × (450 ÷ 1 200)] = 450 − 375 = 75 €. Capital « consommé » : 375 €.
  • Vente 2 — portefeuille valorisé 1 300 €, vous vendez tout (1 300 €). Le prix d'acquisition restant n'est plus que 1 000 − 375 = 625 € :
    gain = 1 300 − [625 × (1 300 ÷ 1 300)] = 1 300 − 625 = 675 €.

Plus-value nette de l'année = 75 + 675 = 750 €. C'est ce montant qui sera imposé (au PFU par défaut — 31,4 %, voir plus bas).

L'exonération des 305 €

Si la somme de vos prix de cession de l'année, nets de frais et de soultes (le total de ce que vous avez vendu, pas le gain) ne dépasse pas 305 €, toutes vos plus-values sont exonérées. Au-delà, elles sont imposables dès le premier euro de gain.

C'est un seuil « tout ou rien », pas un abattement : 305 € de ventes → exonéré ; 306 € → le gain entier est imposable. Les échanges crypto→crypto sans soulte ne comptent pas dans ce total. Le seuil s'apprécie au niveau du foyer fiscal tout entier (déclarant 1, déclarant 2, personnes à charge, et quotes-parts détenues via des personnes interposées — formulaire 2086, ligne 51 ; CGI 150 VH bis, II-B renvoyant au III-A) : un couple ne dispose pas de 2 × 305 €. Deux cessions de 200 € chacune dans le même foyer (400 € au total) sont donc imposables dès le premier euro.

Même exonéré, le 2086 reste dû : on y reporte les seuls prix de cession de l'année, sans calcul de gain (notice 2086, ligne 51).

Les moins-values : attention, pas de report

Sur une même année, une moins-value de cession crypto s'impute sur vos plus-values crypto (somme algébrique). Mais une moins-value nette de l'année est définitivement perdue : elle ne se reporte pas sur les années suivantes, et ne s'impute pas sur des plus-values d'une autre nature (actions, par exemple).

Différence majeure avec les titres (2074), où les moins-values sont reportables 10 ans.

Staking, mining, airdrops : pas sur le 2086

Le 2086 ne couvre que les cessions. Les revenus tirés de la crypto relèvent de régimes distincts et se déclarent ailleurs :

  • Minage : bénéfices non commerciaux (BNC).
  • Staking, lending, airdrops : revenus (BNC, ou revenus de capitaux mobiliers selon les cas) — pas une plus-value de cession.

En revanche, le jour où vous vendez les jetons reçus par staking ou airdrop, cette vente, elle, relève bien du 2086. Le prix d'acquisition à retenir n'est pas nécessairement nul : la loi prévoit qu'en cas d'acquisition à titre gratuit, le prix d'acquisition s'entend de la valeur retenue pour les droits de mutation à titre gratuit ou, à défaut, de la valeur réelle des actifs à leur entrée dans votre patrimoine (CGI art. 150 VH bis, III-B). La notice 2086 ne commente pas le cas des jetons reçus par airdrop ou staking : conservez la valorisation retenue à la réception (celle déjà déclarée en BNC/RCM, le cas échéant). La valeur d'acquisition nulle ne vaut expressément que pour le minage imposé en BNC (BOI-BNC-CHAMP-10-10-20-40, § 1080).

Où reporter le résultat ?

Le 2086 calcule l'assiette, que vous reportez sur la 2042-C :

  • plus-value nette → case 3AN ;
  • moins-value nette → case 3BN (valeur absolue) ;
  • exonéré (≤ 305 €) → 3AN = 3BN = 0, mais le 2086 lui-même reste à déposer avec les prix de cession de l'année (voir ci-dessus).

Par défaut, le gain est taxé au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % (12,8 % d'impôt + 18,6 % de prélèvements sociaux). La hausse de CSG votée fin 2025 (loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, art. 12) a porté les prélèvements sociaux de 17,2 % à 18,6 %. Les plus-values sur actifs numériques relevant des revenus du patrimoine (code de la sécurité sociale, art. L. 136-6, I-e), recouvrés par voie de rôle l'année suivante, cette hausse s'applique dès l'imposition des revenus 2025 : une cession réalisée en 2025 est déjà taxée à 31,4 %, et non à 30 %. Vous pouvez opter pour le barème progressif (case 3CN) si c'est plus avantageux.

L'option pour le barème sur les plus-values crypto (case 3CN) est expresse, irrévocable une fois exercée, et globale : elle porte sur l'ensemble des gains crypto de l'année pour tout le foyer, sans sélection ligne par ligne (notice 2086, encadré « Quand remplir une déclaration 2086 »). Elle est surtout indépendante de la case 2OP des valeurs mobilières classiques : cocher 2OP ne fait pas basculer la crypto au barème, il faut cocher les deux cases si vous voulez le barème pour les deux. Notre comparateur PFU / barème (2OP) ne modélise pas la fiscalité crypto — ne l'utilisez pas pour décider de la case 3CN.

À noter : la doctrine administrative n'a pas encore été mise à jour sur ce point (BOI-RPPM-PVBMC-30-30, version du 23 avril 2024, antérieure à la loi) et certains commentateurs rattachent les actifs numériques aux produits de placement — lecture qui maintiendrait 30 % pour 2025. Nos calculateurs retiennent le rattachement aux revenus du patrimoine, conforme au texte du code de la sécurité sociale.

Calculer automatiquement votre plus-value

Notre calculateur 2086 gratuit applique la méthode 150 VH bis pour vous : vous saisissez vos achats et vos ventes comme un journal, il calcule l'imputation progressive du prix d'acquisition, gère l'exonération des 305 € et vous donne directement le montant à porter en 3AN ou 3BN. Il est 100 % côté navigateur et open source — aucune donnée n'est envoyée.

Cette page vous a-t-elle été utile ?

N'envoie que la page consultée et votre réponse — rien d'autre, et uniquement si vous cliquez.

Signaler une erreur ou poser une question →

Mis à jour le · publié le